Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 23:04

Modifié le 18-02-2012 à 16h11


http://leplus.nouvelobs.com/contribution/324037-quand-la-maternite-nuit-plus-aux-femmes-que-le-sexisme.html

Avoir un enfant serait nuisible aux femmes ? Non, mais leur carrière en souffre, plus que du sexisme ambiant qui peut régner dans les entreprises. En essayant de gérer à la fois leurs enfants et leur emploi, les femmes n'ont pas les mêmes promotions que les hommes explique Peggy Sastre, auteur de "Ex Utero" et "No Sex".

> Par Peggy Sastre sexe, science et al.

Edité et parrainé par Melissa Bounoua

 

C'est une histoire ancienne qui a déjà accaparé pas mal de neurones et fait couler beaucoup d'encre : pourquoi le nombre de femmes dans les disciplines scientifiques en général, et mathématiques en particulier, s'effondre à mesure que le temps passe et que leurs exigences intellectuelles augmentent ?

 

Femme biologiste / Sipa

Une Femme biologiste dans un laboratoire à Paris en 2008 (SIPA)

 

Pourquoi sont-elles au coude à coude avec les hommes (pour parfois même les dépasser en nombre et en notes) en chimie, mathématiques, physique, ingénierie ou encore informatique au lycée et dans les toutes premières années d'université, et ne sont-elles plus qu'une poignée ensuite... pour devenir dramatiquement minoritaires aux niveaux académiques les plus élevés ?

 

Il y a quelques années, Lawrence H. Summers alors président d'Harvard, avait été obligé de démissionner pour s'être demandé tout fort s'il n'y avait pas des différences d'aptitude entre les hommes et les femmes. Cela n'empêcha pas Barack Obama de le nommer au Conseil économique national, qu'il quitta en 2010 pour retourner enseigner à Harvard et couler des jours pépères au sein de divers conseils d'administration high-tech.

 

Depuis, d'aucuns se sont évertués à battre cette odieuse hypothèse en brèche et l'explication du sexisme – ces préjugés et autres pressions sociales poussant les femmes à se sentir cérébralement inférieures aux hommes et/ou à être considérées comme telles – semble avoir aujourd'hui gagné les faveurs de l'opinion publique, comme de tous les universitaires.

 

Le sexisme n'explique pas tout

 

Tous ? Vraiment ? Pas vraiment, non. Prenez par exemple Wendy M. Williams et Stephen J. Ceci. Rassurez-vous, on ne peut pas réellement les classer parmi les partisans du "bats ta femme, si tu ne sais pas pourquoi, elle si" et autres théories masculinistes à la mords-moi-le-nœud. Ils sont tous les deux spécialistes de biologie et de psychologie du développement et, pour sa part, Wendy M. Williams est fondatrice et directrice de l'Institut pour les femmes et la science de l'Université Cornell, l'un des établissements américains d'enseignement supérieur les plus prestigieux.

 

Déjà auteurs en 2010 de "The Mathematics of Sex: How Biology and Society Conspire to Limit Talented Women and Girls" [les mathématiques du sexe: comment la biologie et la société complotent pour freiner les femmes et les filles talentueuses], ils remettent cette semaine le couvert dans un article plus que mirifique montrant que l'hypothèse du sexisme, comme celle des différences cognitives "naturelles" entre hommes et femmes sont en gros bonnes à jeter à la poubelle.

 

Que reste-t-il alors ? La maternité : le fait que les femmes, en moyenne, préfèrent la ponte à la poursuite de brillantes carrières scientifiques. Et elle est là la double contrainte biologique et sociale. La froide réalité biologique, c'est que le pic fertile féminin se serre entre 18 et 31 ans. Le fait social pas vraiment plus chaud, c'est que c'est dans cette même fenêtre que se joue une orientation professionnelle requérant extrêmement de temps, de concentration, d'énergie, d’investissement personnel – bref, tout ce qui est balayé en deux coups de cuillères à petit pot quand bébé paraît et quand on a eu la malchance de le porter dans son utérus.

 

Enfants et temps de travail

 

Une grande enquête, le "University of California Work and Family Survey", menée entre 2002 et 2003 au sein de l'Université de Californie (sur 4500 individus) et publiée en 2004 par Mary Ann Mason, Angelica Stacy et Mark Goulden, montre ainsi que les hommes et les femmes sans enfants travaillaient en tout (tâches ménagères + professionnelles) une moyenne de 78 heures par semaine, chiffre qui s'élevait à 88 heures pour les pères de famille et...plus de 100 heures pour les femmes avec enfant(s). Parmi les maîtres de conférences et autres assistants, les mères de famille consacraient en moyenne 4 heures de moins que les autres à leurs tâches professionnelles, selon une autre étude similaire menée par Jerry Jacobs et Sarah Winslow en 2004. D'autres recherches plus générales, menées par exemple par David Leslie, montrent que plus une femme a d'enfants, moins elle consacrera de temps à son emploi – une tendance totalement inverse chez les hommes.

 

Par rapport aux pères de famille, et selon l'étude de Mason et al., les mères avaient 35% moins de chances d'arriver à la pré-titularisation, et 38% moins de chances d'obtenir une titularisation. Et chez les professeurs titulaires, seule la moitié des femmes y étaient mariées et mères, contre 72% des hommes. Sans parler des nombreuses femmes, comparées aux hommes, qu'une carrière scientifique approfondie oriente vers le divorce et la séparation.

 

Ne croyez pas pour autant qu'un tableau aussi "peu reluisant", pour reprendre les termes de Williams et de Ceci, pousse les nullipares ou économes en marmaille à être heureuses de leur sort : dans l'enquête de Mason et al., les universitaires femmes étaient 38% à regretter ne pas "avoir eu d'enfant" ou ne pas "avoir eu plus d'enfants » contre... 18% des hommes.

 

En lisant cet article, je me suis rappelée (encore, mais que voulez-vous, c'est ma passion) une bonne citation d'Harlan Coben : "le féminisme, c'est donner des choix aux femmes, pas des garanties". Mais, en seconde intention, je me suis aussi souvenue des paroles d'un con croisé il y a déjà bien longtemps et qui, lors d'une discussion de fin de repas portant, comme par hasard, sur mon absence de projet parental, m'avait dit dans un souffle triste et aviné qu'il était là, le problème de notre civilisation : les femmes intelligentes ne se reproduisent pas assez. En compulsant ces chiffres que je pourrais encore aligner pendant des heures, ma conclusion est parfaitement inverse : non, elles se reproduisent encore beaucoup trop.

 

 

note de H.C.I : la chute de cet article était à prévoir, certains vont vouloir que les femmes fassent moins d'enfants pour "réussir" une carrière en atteignant des postes à responsabilité. Ceci amène deux remarques : 1/ les femmes les plus heureuses au monde sont les hollandaises, elles travaillent en moyenne moins que les autres européennes et elles apprécient de pouvoir sereinement travailler tout en pouvant s'occuper de leurs enfants dans de bonnes conditions (les hollandaises étaient 60% à travailler à temps partiel en 2001 - voir article complet : Forte hausse de la dépression chez les femmes ). 2/ Au lieu de chercher à faire "monter" les femmes au niveau des hommes ayant des responsabilités et donc des carrières d'excellence, pourquoi ne pas faire évoluer les règles d'organisation du travail pour que les femmes puissent concilier plus aisément vie familiale et carrière professionnelle (pas de réunions après 18 heures,...) et également pourquoi ne pas favoriser une plus grande implication dans leur famille des "hommes à carrière".

 

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