H.C.I - sa vocation

Homme Culture & Identité mène un travail de fond et d’analyse sur l'identité masculine dans la société contemporaine. Les garçons, les pères et les hommes sont au coeur du travail de H.C.I.

Par ailleurs H.C.I s’oppose fermement à toutes les structures militantes pro-gender qui cherchent à opposer les hommes aux femmes. H.C.I est convaincu que l’homme et la femme ont un destin commun et qu’il est temps de mener des réflexions propices à la réalisation d’un futur de paix et d’harmonie entre les sexes. Cela passe notamment par une meilleure connaissance des identités masculine et féminine.

Vendredi 15 juin 2012 5 15 /06 /Juin /2012 15:54

Note de H.C.I : cet article date de mai 2007 mais il traduit une réalité affligeante de notre Education Nationale et du traîtement particulier qu'elle fait aux garçons. L'auteur de l'article est Daniel Faivre, professeur de français à la retraite, et également animateur de L'Observatoire du Laxisme à l'Ecole ( http://www.observatoire-laxisme-ecole.fr/ ).

Cet article est un complément intéressant aux travaux de Jean-

Louis AUDUC en ce qu'il souligne la difficulté encore plus grande des garçons d'origines modestes et notamment maghrébines.


 

A l’exemple d’Usbek, le célèbre personnage de Montesquieu, j’ai toujours porté sur les moeurs de mon école, un regard « Persan » : les œillères de la bien-pensance n’ont pourtant pas manqué, celle de l’administration, des syndicats, des médias, terriblement actifs dans la salle des profs ou pendant les réunions pédagogiques – Mais rien n’y a fait. Cette manière naturelle de voir les choses, naïvement étonné, ne m’a jamais quitté. Ce qui donnait à mon implication professorale un style souvent incompris, rejeté (excepté des élèves !) ; un style que l’on qualifierait aujourd’hui politiquement incorrect – Mon premier choc fut de constater la mauvaise part réservée à mon propre sexe ! Je ne l’ai vue exprimée qu’une seule fois dans le Monde de l’Education de janvier 2003, au titre explicite : Il faut sauver les garçons !
Longtemps représentant de professeurs au conseil d’établissement, je le fus également pendant trois ans au conseil de discipline. Totale exclusivité masculine pour les mises à la porte ! (Méritées pour la plupart, mais elles l’auraient été également pour quelques filles.) Très grande majorité également chez eux, pour les avertissements conduite, travail, punitions de toutes sortes. J’ai démissionné du conseil de discipline en en donnant la raison : Misandrie du système punitif. Cela fit sourire …
Des faits précis et significatifs émaillent mon parcours professionnel. Ainsi lors d’un conseil de classe, pour une élève difficile à orienter, une qualité trouvée pour une voie « esthétique » : « elle est féminine », j’approuve mais je fais remarquer que je n’ai jamais entendu à propos d’un garçon, il est faible mais viril ! Imaginez le regard furieux que me lança la Principale ! La virilophobie régnante impose avec une telle force son évidence que cette simple remarque vous fait passer pour quelqu’un dont il est préférable de se détourner. Un original, un « macho ». Et pourtant, cette qualité de virilité caractérisait bien nos héros littéraires. Elle doit être soulignée aujourd’hui plus qu’hier, car elle ne se confond pas avec la force et la violence. Au contraire, elle exprime le courage. Viril : « Qui a les caractères moraux qu’on attribue plus spécialement à l’homme, (énergie, courage) » lit-on dans le petit Robert, avec cet exemple qui fait sourire aujourd’hui : « Une femme virile ». Tournée chez les héros vers la défense du faible, de la femme, du vieillard, vers la prise de risque au nom d’un idéal, cette qualité de virilité, lorsqu’on l’ôte à l’homme, au garçon, laisse une force brute, une violence vide. D’où ces « jeux » dangereux qui égayent les cours de récréation, « du foulard », « du taureau », « du petit pont », etc. …Consistant tous à frapper au hasard, sans cause, lâchement, à plusieurs contre un seul. D’où les rackets, les chasses aux bouffons, aux juifs. D’où les mains aux meufs ou bien après l’école ces tournantes ou ces jeux de « brûle-voitures ». A vouloir castrer, inhiber, on pervertit ce qui était il n’y a pas si longtemps – au siècle classique – la si belle qualité du héros.
Autre exemple : Un jour, j’entre au secrétariat et je vois la Principale, visiblement hors d’elle, qui agitait une feuille. Elle me la montre « lisez cela ! » Effectivement c’était vulgaire et cru : menaces de viol en termes orduriers. Eh bien, Monsieur Faivre ? (Pour un peu, j’étais l’auteur du mot, le coupable !) J’ai dû avancer une explication du genre « pornographie liée à l’âge. » Mais elle a éructé : « Je trouverai le coupable et …à la porte ! » Elle qui était si opposée à l’autorité en général, et aux exclusions en particulier. Je la quittai en lui recommandant de ne rien faire. Un mois plus tard, sans nouvelle, je lui demande les résultats de son enquête graphologique. C’était une fille ! « Vous l’avez mise à la porte ? » Non, bien entendu. Une fille, pensez donc… (Le factotum du collège l’avait pourtant avertie en lui montrant les graffitis également – égalitairement ? – obscènes des toilettes des filles.)
Gageons que ses valeurs d’éducatrice ne s’en trouveront pas entamées. Non. En toute bonne foi, elle ne voyait pas d’injustice, en toute bonne foi ! Ce qui est terrible, et même fascinant, dans cet aveuglement c’est cette inconscience. Le collège n’a évidemment pas pour volonté affichée de brimer les garçons et d’exclure les récalcitrants. Il le fait, c’est tout ! Naturellement. En toute bonne foi. On érigera en exemple de justice la réussite de Leïla ou de Fatou, au sexe et aux comportements plus conformes, augmentant encore l’humiliation de Nabil et d’Amadou.
Les filles les premières sont sensibles à cette injustice. Je me souviens d’une fillette de 5ème qui m’interpellait en tant que professeur principal : « Monsieur, Madame untel est sexiste ! » (J’avais entendu sexy !) « Elle note mal les garçons ». D’ailleurs, elles savent bien, contrairement aux adultes que, dans le désordre actuel, elles y ont leur part. De plus, elles se sentent très fortement attirées – et combien est puissante la sexualité à cet âge ! – par ceux qui résistent, qui ne supportent pas le déni de leur sexe, principalement ceux d’origine maghrébine.    A ce sujet, ce discours « égalitaire » n’a aucune chance de trouver un écho chez de jeunes sexualités tout entières tendues vers la « différence ». Les très fortes intensités érotiques ne peuvent s’exprimer, dans ce « no man’s land » de patronage, insipide, « copain, copine » – au cours de gym ou à l’heure de classe. Pendant celle-ci, la moralisation à outrance du professeur principal passe au-dessus des têtes, préoccupées par d’autres pensées. Et les remontrances qui visent toujours les mêmes, lassent ou concourent à les valoriser aux yeux des filles. Même en gym le préchi-précha ennuie. Au lieu d’entrer en compétition, de se mesurer physiquement, des cours zen, « peace and love », s’attachent à noter l’état d’esprit participatif. Fini la divine surprise, en conseil de classe, du retentissant « excellent ! » à propos d’un cancre !
J’ai le souvenir attendri d’un collègue de gym dont le nez bosselé et cassé rappelait à tous – gentiment, sans esbroufe – qu’il tenait son métier de la boxe, pratiquée à un assez haut niveau avant de choisir le métier de prof. Inutile de s’attarder sur son aura auprès des élèves !…    Quant aux résultats en français, décisifs pour les orientations en fin de troisième, le Collège ne réussit vraiment pas aux garçons. La concurrence avec les filles ne tient pas. Un simple coup d’œil dans une classe de 5ème, par exemple, suffit : Les filles sont déjà des jeunes filles, les garçons encore « bac à sable »! Elles l’emportent dans les récits écrits, sentimentaux, dans le jeu théâtral, plus généralement dans la communication orale – elles expérimentent tous les jours leur charme, voire l’attrait de leurs appâts naissants. Elles présentent mieux leurs devoirs, soignent leur écriture… Bref et c’est heureux bien sûr, elles s’épanouissent. Tant mieux, mais on aimerait qu’il en fût de même pour les garçons.
Cette supériorité n’apparaissait pas lorsqu’il s’agissait d’acquisition de savoirs, de réflexions, de compréhensions. Ainsi, lorsque je faisais dans ma classe des exercices de grammaire ou bien des études « sémiotiques » de pubs ou bien encore des enquêtes journalistiques, j’égalisais les chances. Mais si je me fixais sur le récit d’imagination, style expérience personnelle sentimentale, panacée au brevet des collèges, les filles, plus mûres, reprenaient le dessus.
Tout ce qui concerne le jeu, la représentation – le théâtre, la diction, la récitation, la mise en scène de sa propre parole – crée un fossé entre les sexes. La jeune élève de 5ème se voit, se dédouble, s’apprécie. Impossible pour le garçon de son âge qui se trouve gauche ; et qui l’est d’autant plus qu’il souffre de la comparaison. Tous les professeurs de français au collège savent bien que si de nombreuses filles veulent être Chimène, il est quasi impossible de trouver un « amoureux » pour jouer Rodrigue. D’ailleurs les garçons entre eux le verraient d’un très mauvais œil, à l’exemple des copains de Krimo, dans 1′ Esquive, qui parlent de lui : « Sur la vie de ma race, [...] il a un déguisement, on dirait v’la l’pédé ».
(Surtout, ne pas y voir une confirmation du « machisme » des garçons. Il y a cinq ans, avec moi au conseil d’établissement, un éducateur en SES, spécialisé « couture floue », donc avec une classe de filles uniquement, était homosexuel. Il a craqué sous les insultes quotidiennes de ses élèves. Il s’est malheureusement suicidé…)
S’il y a des femmes qui me suivaient c’étaient les mères de garçons. Elles sentaient bien que les difficultés de leur fils, cette a-soclarité si souvent reprochée, aux allures parfois dangereuses, ne rencontraient nulle tentative de compréhension. Lorsque je leur expliquais les handicaps masculins par rapport aux filles, surtout dans ma matière : ce peu de goût pour la lecture, pour l’univers romanesque, cette écriture fautive, cette présentation bâclée – cette fameuse propreté de la présentation d’un devoir, d’un cahier, critère prioritaire pour tant de profs ! – elles retrouvaient bien la carrière scolaire chaotique de leurs fils. Je prenais bien garde d’accorder plus d’attention et d’importance au contenu, plus qu’à la forme. Même attitude égalitaire pour la « conduite » : lorsqu’une fille était, même « inconsciemment », à l’origine d’un désordre, la sanction tombait. A l’instar des garçons. Rien d’étonnant à ce que ceux-ci m’appréciaient. Celles-là aussi parce que, au fond, les élèves n’ont que mépris pour ceux qui les favorisent.
Au Collège donc – et l’avenir scolaire se joue là – le garçon est rejeté, pas tous, bien sûr ! Mais, même les excellents élèves ne peuvent s’y épanouir. Je me souviens d’une correction de brevet à Bois-Colombes et d’une copie au style vigoureux et à la pensée à la fois subtile et amusée. Lecteur séduit, je mets 18/20, et en rendant mon paquet de copies, je félicite la principale : « Vous avez un petit génie ! » Elle me corrige avec condescendance : « Une petite génie, nous avons en effet deux ou trois filles remarquables ». Et, devant mon insistance, nous voilà partis à la recherche du chef-d’œuvre. C’était bien un garçon ! « Oh oui ! Un marginal qui nous pose problème par ses absences …» Comme je le comprenais ! Et comme j’eus plaisir de partir en vacances (le brevet est le dernier acte pédagogique de l’année), en raillant, une Principale de Collège : «…Ne pas percevoir les différences d’écriture entre une fille et un garçon ! C’est ce qui fait leur beauté !… » Et l’intérêt du métier : Se saisir de cette singularité irréductible – être fille, être garçon – pour les entraîner, au fil des grands textes, à découvrir une terre étrangère, mal connue mais fascinante, l’autre sexe; tous les élèves que j’ai eus ne demandaient que cela…
En tout cas, je n’ai jamais eu l’impression que la faute en incombait à la féminisation de l’enseignement. C’est pourtant vrai que je me suis presque toujours trouvé le seul homme prof de français. C’est aussi vrai qu’il y a plus de 60% de profs femmes dans les collèges. Cependant, certaines d’entre elles – aussi rares que certains hommes, si l’on excepte les mères de garçons – déploraient avec moi ce sexisme anti-mecs. Non. Cette misandrie est plus profonde. Feuilletons le premier dictionnaire culturel, tout juste paru en 2005. Il suffit de comparer l’article Femme qui court sur plus de neuf pages, encadré, rédigé et signé par l’auteur lui-même, avec l’article anonyme. Homme, sans mise en relief, qui se contente de deux pages ! Bien moins que cet autre article consacré au féminisme, également encadré et signé ! Moins qu’Homosexuel, tous deux encadrés et signés! Quand on sait que ces quatre gros volumes ont mobilisé pendant dix ans une centaine d’auteurs sous la direction d’Alain Rey, on ne peut s’empêcher de penser que la mise à l’écart de l’homme est fortement ancrée.
Revenons à l’école ; tout au long de ma carrière (1970-2005) j’ai donc constaté – et cela allait en s’accentuant – que le garçon était sanctionné. Les chiffres le confirment : « Sur une cohorte d’adolescents entrés en 1989 en 6ème, 54 % des garçons ont décroché un bac en neuf ans, contre 70% chez les filles ». Précisons bien que l’« écrémage » s’est fait surtout au collège. Combien de fois ai-je insisté pour qu’un garçon de 3ème, aux résultats trop justes redouble, parfois même dans le privé lorsque l’opinion des profs et l’atmosphère générale étaient trop détestables pour lui. Je savais qu’au lycée l’inégalité jouait moins.
« Dans cette dégringolade scolaire, poursuit l’article du Monde de l’Education, ce sont ceux des milieux les plus défavorisés qui tombent les premiers. » Françoise Vouillot, chercheuse au CNAM, et spécialiste de mixité le précise bien : « Oui, les données scolaires jouent contre les garçons [...] Les premières victimes sont les élèves de sexe masculin et de milieux défavorisés. » En ZEP, sur 100 élèves, 56 sont lycéennes, et la proportion augmente en défaveur du genre masculin, en particulier dans les activités littéraires et langagières. C’est Annick Davisse, inspectrice pédagogique régionale d’EPS, qui affirme : « L’adolescence, c’est l’âge où les filles décrochent du sport et les garçons de la lecture. » Mais c’est la psychanalyste Françoise Dolto qui en tire tranquillement les conclusions misandres : « Dans les sublimations orales, écrit-elle dans Sexe Féminin, les filles prennent une longueur d’avance sur les garçons. Elles ont, comme on dit, la langue bien pendue. Le garçon, rassuré d’avoir le pénis, n’est pas pressé de prendre la parole. » ! En d’autres temps, ce genre de justification pseudo-scientifique était avancé dans les cas, par exemple, d’antisémitisme.
L’échec scolaire se vit au masculin et d’autres pays occidentaux s’en inquiètent. Le Québec est traumatisé par ces pourcentages : 41,3% des garçons ont quitté le secondaire sans diplôme contre 26% des filles ! Aux Etats-Unis, le gouvernement vient d’autoriser les districts à ouvrir des écoles non-mixtes. « Dans un pays avare de ses deniers publics au bénéfice de l’Education, 3,27 M € ont même été réservés au programme expérimental non-mixte », précise le même Monde de l’Education. Mais en France ? Le sexisme misandre sévit sans la moindre étincelle de prise de conscience. La pensée unique qui « éclaire » les esprits de droite comme de gauche trouve tout naturel de considérer les garçons moins doués et plus turbulents ! Il est donc normal de les orienter d’avantage que les filles en fin de troisième ! Exemple : pour entrer au lycée mieux vaut être beurette que beur !
Cependant, cette turbulence des garçons, plus visible que celle des filles, est plus fragile qu’il n’y parait. Sait-on qu’il y a eu cette année 50.000 tentatives de suicide chez les ados ? 600 ont abouti. 80% de garçons.
Bien sûr, l’injustice de l’orientation précoce est moins vraie pour les garçons « bien nés ». Ils bénéficient des filières qui le mènent aux classes préparatoires, filières nobles où l’on ne craint pas la compétition, où la réflexion prime la communication, où les Anciens sont admirés, où l’autorité va de soi ; écoles privées ou établissements publics de centre ville ou de banlieue chic. Et si ces filières ne suffisent pas, existent de nombreux instituts très chers qui rectifient, à la fin de secondaire, rattrapent et préparent aux concours. A ma grande honte, j’ai dû en conseiller parfois quelques-uns, mon école publique ne remplissant plus ses devoirs…
Etre garçon à Henri IV ou au collège du Cèdre du Vésinet est moins handicapant qu’à Nanterre ou à Bobigny : L’ambition des objectifs scolaires, l’environnement culturel et familial, « égalise » en quelque sorte les chances.
Mais ailleurs ? Si l’on excepte son rayonnement auprès des filles, le garçon apprendra au collège, au quotidien, dans son travail, dans sa conduite, comme dans son orientation scolaire, le rejet et l’exclusion, le mépris de son sexe. D’où sa résistance par son style, son allure, sa musique, ses provocs ; d’où la tentation de retour à ses racines religieuses*, avec les repères symboliques forts de l’Homme et de la Femme. Mais si au fond, tout simplement, il appelait à une reconnaissance ?…

 

* cf. le rapport Obin de juillet 2004 qui constate « la montée en puissance du phénomène religieux dans les quartiers, notamment chez les jeunes. »


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